samedi 30 avril 2016
Mariage pour tous à la maternelle
La scène se passe en début de semaine, à la sortie des classes.
Petite Chouette se précipite vers la maman de son amoureux et lui déclare : "Je suis amoureuse de Naël, et quand je serai adulte je me marierai avec lui ! "
Au même moment, Paul, un petit copain de la classe s'arrête à côté d'eux et dit : "Moi aussi je veux me marier avec Naël ! "
Petite Chouette : "Ah non. Ca n'est pas possible, tu es un garçon ! "
Moi : "Mais si Petite Chouette, les garçons peuvent se marier ensemble. Les filles aussi d'ailleurs. Ca n'arrive pas souvent, mais c'est possible." (il n'est jamais trop tôt commencer une éducation respectueuse (voir l'article).
Petite Chouette, enthousiaste : "Quoi ? Tu veux dire que je pourrai aussi me marier avec Coline ? " (sa meilleure copine)
Moi : "Ah non Petite Chouette, pas avec les deux. C'est soit Coline soit Naël."
Petite Chouette, sans hésiter : "C'est Naël alors ! "
Pour le moment, il est d'accord.
On en reparle dans 20 ans ?
mercredi 27 avril 2016
Enfants de quoi t'as dit ???
Depuis que je suis Maman, je me
surprends à faire et à dire des choses inimaginables il y a encore
quelques années.
A réaliser des exploits tels que me
lever avant 9 h le week-end.
A proférer des phrases hallucinantes.
La dernière en date (hier soir) étant : "NONNNN (oui, parfois
je hurle), non, Petite Chouette, on ne met pas d'abricots secs sur la
pizza !!! "
Les enfants bouleversent nos existences
et nos certitudes, et nous obligent à dépasser nos limites (oui, c'est beau).
Un exemple ?
Hier soir (décidément) Grande
Chouette nous a annoncé, toute fière, que cette année c'est sa
classe qui ira chanter au monument au morts de la commune pour le
08 mai (date de la fin de la guerre de 39/45 pour rappel).
Et là, elle entonne joyeusement : "Aaah
enfants de la batterie iiii eeee !!! " Un remake qui n'aurait
certainement pas déplu à Gainsbourg...
![]() |
| Serge Gainsbourg, par le Hibou, artiste éclectique |
Il faut que je vous avoue quelque chose
: la Marseillaise, je déteste. Je sais, c'est mal. C'est l'hymne
national, il faut être patriote, etc, etc... Mais moi, en
antimilitariste primaire, je ne peux pas. Ni l'écouter, ni la
chanter. Je l'ai pourtant déjà jouée, adolescente contrainte et
forcée, lors des commémorations (oui, la chouette est musicienne).
Sérieusement, vous avez déjà
(vraiment) écouté les paroles ??? Ca parle d'étendard sanglant, de
tigres qui déchirent le sein de leur mère (si, si), de fils et de
compagnes égorgés... Devant tant de haine, mon sang (impur ? ) ne
fait qu'un tour.
Mais en entendant Grande Chouette
massacrer (quand je vous dis que c'est une chanson violente) notre
hymne national, je n'ai pas pu m'empêcher d'intervenir :
"Enfants de quoi Grande Chouette ?
"
"Ben, enfants de la batterie."
"Euh, non, enfants de la Patrie.
De la France quoi."
Et là vous me croirez si vous voudrez
(je dois moi-même me pincer pour y croire), je me suis mise à
chanter à tue-tête la Marseillaise dans la cuisine (tout en
préparant la fameuse pizza sans abricots secs). Histoire qu'elle la comprenne correctement.
Ca a duré toute la soirée cette
histoire. Grande Chouette voulait apprendre toutes les paroles. Même
Petite Chouette a voulu l'entendre avant de s'endormir.
Et moi j'ai passé la soirée à
chanter, tandis que la Chouette adolescente baba cool qui vit
toujours en moi fulminait.
Les enfants ont, aussi, ce don de vous faire
virer schizophrène...
samedi 23 avril 2016
Les voyageuses de l'extrême
Je n'ai pas vraiment l'esprit d'aventure. Je serais plutôt du genre prudente.
En conséquence, il y a des gens que je ne comprends pas.
Ma soeur par exemple. Qui vient de partir en vacances à... Paris pendant quatre jours !
Et pourquoi pas en Syrie ? Non, parce que Paris en ce moment, on évite non ?
"Les menaces d'attentat, ça ne te fait pas peur ??? "
"Si ça doit arriver, ça arrivera de toute manière" qu'elle me dit.
Euh, à mon humble avis, le Cher, ça craindrait moins (très joli, le Cher, vraiment, j'ai adoré).
| Ca vaut les Champs Elysées, non ? |
Et l'argument ! Je traverse l'autoroute les yeux fermés, si ça doit arriver, ça arrivera... Un petit chemin en forêt, ça ne craindrait pas moins ?
J'ai donc passé quatre jours à regarder régulièrement les infos au cas où... C'est mon côté zen.
Elle est rentrée enchantée. Et entière.
Ouf.
Excusez-moi un instant, mon téléphone me signale l'arrivée d'un sms.
C'était ma belle-soeur. Qui envoyait une photo de ses vacances. A Bruxelles.
Non mais c'est une mode ou quoi ? Elles se sont donné le mot ? Ou alors il y a des promos sur certaines destinations. Encore heureux qu'elles n'aient pas décidé de partir visiter Palmyre ! C'est si joli, Palmyre...
Et voilà, c'est reparti pour quelques jours à psychoter.
C'est moi ou c'est elles qui sont à côté de la plaque ?
samedi 24 octobre 2015
Le zizimètre
L'un des avantages de travailler comme aide-soignante à domicile (à part la carte de stationnement gratuit), c'est qu'on a à sa disposition tout un tas d'accessoires dont la majorité des gens ignore complètement l'existence.
J'ai par exemple dans mon sac :
- un tensiomètre, qui me sert à
vérifier la tension des patients, et accessoirement la mienne, en
cas de crise d'hypocondrie consécutive à un mal de tête
occasionné par le niveau sonore des Minis-Chouettes (en mode
crêpage de chignon entre sœurs) ;
- un oxymètre de pouls : pour
vérifier le taux d'oxygène dans le sang. Utile pour vérifier que
le patient n'est pas à l'agonie. En même temps, quand on sait que
la seule collègue a avoir eu 100 % fume depuis 10 ans, on doute un
peu de l'efficacité de l'appareil...
- divers pansements et pipettes remplies de
liquides mystérieux...
Il y a quinze jours, j'ai découvert
une nouveauté. En effet, je suis rentrée à la maison avec ce que
l'une de mes collègues a joliment appelé un « zizimètre ».
Je stoppe tout de suite votre
imagination, ça n'a rien de très sexy. En fait, voilà à quoi ça
ressemble :
| De "où qu'il est ? " à "gloups" |
A quoi ça sert ?
Et bien comme son nom l'indique...
à mesurer le diamètre du pénis.
Euh, je rappelle au Hibou, qu'il n'est pas obligé de lire TOUS mes articles. Celui-là, par exemple, c'est facultatif.
Ah, on a un joli métier ! Vous avez le droit vous, de mesurer l'appendice de vos interlocuteurs au boulot ? Moi, oui. D'ailleurs, c'est fou comme le même organe peut autant varier d'un individu à un autre !
Euh, je rappelle au Hibou, qu'il n'est pas obligé de lire TOUS mes articles. Celui-là, par exemple, c'est facultatif.
Ah, on a un joli métier ! Vous avez le droit vous, de mesurer l'appendice de vos interlocuteurs au boulot ? Moi, oui. D'ailleurs, c'est fou comme le même organe peut autant varier d'un individu à un autre !
J'étais donc chargée d'une mission de
la plus haute importance, puisqu'il s'agissait de déterminer la
pointure pénienne (joliment dit, n'est-ce pas ? ) de l'un de mes
patients. Pas pour noter dans son dossier ni pour faire des
statistiques. Quoique ce pourrait être fort instructif. Je me
demande notamment si le pénis rétrécit avec l'âge, au
contraire des oreilles et du nez, qui eux s'allongent ? C'est une
vraie question. Parce que je croise beaucoup de petits formats... Si
quelqu'un a la réponse...
Non, il s'agit de choisir la bonne
taille de pénilex (ou étui pénien). Vous tenez vraiment à savoir
ce que c'est ? Rien de très glamour. En gros, c'est comme un
préservatif, mais relié à un tuyau qui rejoint une poche à
urine :
Et qui sert donc quand le patient est incontinent. Fallait pas poser la question.
Ca ne vous servira sûrement jamais,
mais il y a quelques règles à respecter pour utiliser le zizimètre
(qui a sûrement un vrai nom) :
- prévenir le patient : « eh
bien monsieur Belteube (oui, on est parfois agréablement surprise),
si vous le permettez, je vais prendre les mesures pour votre...euh, enfin, je fais vite, hein. »
- éloigner l'entourage. Ca n'est
déjà pas un moment où le patient et le soignant sont très à
l'aise, alors si en plus on rajoute la (très) jeune stagiaire, le
médecin qui passait en visite, et l'épouse qui veut vérifier ce
qu'on fait, ça devient très vite infernal ;
- rassurer le patient : qui
veut toujours savoir si tout va bien. Eviter de lui dire que la
norme c'est le 25/30 s'il se noie dans le 21. Ne pas non plus
s'extasier en mode « ouah, il faut que j'envoie un sms à mes
collègues, c'est la première fois que je vois un 40 ! »
Ca ne fait pas très professionnel ;
- Et le plus important : ne pas
être trop douce, ni trop tremblante, et surtout éviter le regard
d'encouragement accompagné d'un sourire au patient. Parce que là,
ça risque d'être la catastrophe ! Je rappelle qu'on veut une
mesure au repos !!!
Voilà, si j'ai pu susciter quelques vocations parmi vous tant mieux, parce qu'il y a du boulot dans le secteur !
mardi 13 octobre 2015
Trop la honte !
C'était au printemps, un jour de repos
en semaine.
Enfin, si l'on peut appeler ça
un jour de repos, puisqu'il faut quand même se lever à 7 h
pour préparer les filles, qui elles vont à l'école.
Les jours ou je travaille, je gère le
lever et l'habillage avec le Hibou, et les coiffures. Parce que je ne
peux décemment pas confier le démelage/ça tireeeee ! et la
confection des queues-de-cheval et autres tresses au Hibou. Pour sa
santé mentale d'abord, et pour la cote de popularité des
Minis-Chouettes ensuite.
| Oui, je sais, je suis douée... |
Et puis, à 7 h 30 (hum, hum...) je
pars. Les filles finissent de petit-déjeuner, regarder un peu la
télé et se préparer pour partir à l'école, avec le Hibou ;
qui les accompagne ensuite à l'arrêt du bus scolaire.
Ce matin là, Petite Chouette avait
insisté pour mettre sa culotte préférée. Une (vieille) culotte de
sa grande cousine que sa grand-mère paternelle a retrouvée au
fond d'un tiroir et lui a donnée. Sachant que sa cousine a 20
ans, je vous laisse calculer l'âge de la culotte... Bref, c'était
cette culotte et pas une autre. Après tout, ça ne me dérangeait
pas plus que ça, si ça lui faisait plaisir... Sauf que la culotte
était sur l'étendage, un étage en-dessous. Pas grave, on la mettra en descendant. J'aide donc Petite
Chouette à s'habiller, la coiffe (ça tireee, forcément). Ensuite
coiffure de Grande Chouette (ça tireee aussi ! Bon, une petite
coupe au carré arrangerait peut-être les choses, non ? Ca tire
moins tout d'un coup...)
Puis petit-déjeuner, télé... je
savoure mon café.
Il va être 8 h, bientôt l'heure de se préparer.
Quoi ? C'est l'heure à laquelle il faut partir pour ne pas
louper le bus ? Il ne passe pas à 8 h 10 ? Non ? Il
est toujours en avance ???? Et c'est parti pour un enfilage de
nu-pieds et une sortie de la maison à toute vitesse, en attrapant
les cartables au passage. On arrive juste à temps, un petit
au-revoir à travers les vitres et je rentre à la maison profiter un
peu de ma journée de repos (qui a de grandes chances de commencer
par une mise en route de la machine à laver et de se poursuivre par
des courses – repos on a dit).
J'ouvre la porte, je songe à un
deuxième café, et soudain je la vois. Là, sur l'étendage, se
balançant nonchalamment devant mes yeux (rapport au courant d'air) : LA
culotte.
| C'est vrai qu'elle est zolie ! |
Oh punaise ! Petite Chouette est
partie à l'école sans culotte ! La honte ! Mon sang ne
fait qu'un tour, il n'y a plus qu'une solution : sauter dans la
voiture en fourrant l'objet du délit dans ma poche de blouson, et
tenter d'arriver avant la fermeture du portail. Heureusement, nous
sommes à trois minutes de l'école.
En me garant sur le parking, je suis
en transe. Je croise quelques parents qui repartent dans le sens
inverse. S'ils savaient ! Je serre nerveusement la culotte dans ma main au passage du
portail, et me dirige en courant vers la classe de Petite Chouette.
Arrivée (discrètement, il ne faut pas qu'elle me voit) dans le
couloir, je me retrouve nez-à-nez avec l'ATSEM. Elle s'occupe de la
classe de Petite Chouette ET du bus scolaire. Je lui tends
lamentablement la culotte en bredouillant. « Ne vous inquiétez
pas, me dit-elle avec un sourire, je m'en étais aperçue dans le
bus » (facile, Petite Chouette est en jupe - La honte ! ).
« Je lui ai mis la culotte du sac de rechange. »
Je l'ai bien remerciée (en priant pour
qu'elle ne le raconte pas à toutes ses collègues) et je suis
rentrée. Petite Chouette n'a pas été traumatisée, tout va bien.
Mais je crois que c'est une des plus
grandes hontes de ma vie de maman !
Remarquez, comme ça elle est à
égalité avec sa sœur !
Parce que oui, ça nous est aussi
arrivé avec Grande Chouette.
Le jour du spectacle de fin d'année,
ou toutes les classes chantent tour à tour devant TOUS les parents.
Et où les enfants patientent assis par terre à côté de ceux qui
sont en train de se produire.
Heureusement, Grande-Chouette avait eu
la bonne idée de choisir une jupe longue (ouf ! ) et de se
tenir correctement (le trac, ça a du bon). Personne ne s'est aperçu
de rien. Même pas nous si elle ne nous l'avait pas dit en rentrant à
la maison.
Jamais deux sans trois ? Et bien si un jour vous me voyez rougir en sortant des
toilettes, vous saurez pourquoi !
samedi 3 octobre 2015
Chère madame C
Chère madame C,
Vous étiez l'une de mes patientes.
Vous êtes morte mercredi.
Toute l'équipe d'aide-soignantes s'y
attendait depuis des semaines. Votre famille aussi.
Quatre-vingt-cinq ans, un Alzheimer qui
vous grignotait petit à petit depuis des années... Vous aviez fini par abandonner le combat.
Je n'ai pas été surprise par votre
décès. Pas bouleversée non plus. C'était dans l'ordre des choses.
Je m'étais tellement demandée, depuis deux ans que je vous
connaissais, à quoi ça servait de vivre comme ça, enfermée dans
cette maladie qui vous avait privée peu à peu de communication, puis
rendue grabataire. Je me le demande encore.
J'ai surtout pensé à votre famille,
qui vous a entourée jusqu'au bout, en vous permettant de rester chez
vous jusqu'à la fin.
Deux jours plus tard, nous avions notre
réunion d'équipe hebdomadaire. Celle où l'on passe en revue tous les
patients, par ordre alphabétique.
Votre tour est arrivé. Mais on n'a pas
parlé de vous. La feuille à votre nom avait déjà été retirée
du classeur.
J'ai attendu le dernier patient.
Maintenant, nos responsables allaient nous dire quelque chose.
Mais non.
C'est une collègue qui a pris la parole pour nous informer de la
date de vos obsèques. J'ai alors demandé comment s'était passé
votre décès. « Qu'est-ce-que tu veux savoir ? »
m'a-t-on répondu avec étonnement. Et bien, je ne sais pas moi, comment
ça c'est passé la veille avec la collègue qui est passée chez
vous, si vous étiez seule au moment de votre mort, bref, qu'on parle
de vous !
Onze ans que l'équipe venait vous
aider.
Onze ans, et vous n'étiez plus qu'un
dossier qu'on archive.
Votre décès ne m'a pas perturbée.
Cette indifférence, si. Depuis cette réunion, je pense à vous et je suis triste. J'ai parlé avec deux collègues,
j'ai fait un fondant au chocolat pour me remonter le moral... Il
avait comme un arrière-goût.
Je n'aime pas aller aux enterrements.
Je trouve ça glauque. Et à part pour manifester mon soutien à la
famille, je ne trouve pas ça très utile. Parce que pour moi, la personne
décédée n'est pas dans le cercueil. Elle est déjà
ailleurs. Et elle n'a pas besoin de notre présence auprès de son
enveloppe terrestre pour ressentir nos pensées vers elle.
Je n'aime pas les enterrements.
J'irai
au vôtre.
Parce que sinon, j'aurais l'impression
que vous êtes morte deux fois.
De vieillesse d'abord.
D'indifférence ensuite.
Et ça, ça
serait vraiment le plus terrible.
| In mémoriam |
vendredi 2 octobre 2015
Je couche avec un suédois
Depuis quinze jours,
je couche avec un suédois.
Je l'ai rencontré par
hasard, au détour d'un rayon Ikéa.
La première fois, je
l'ai trouvé trop ferme et un peu bruyant.
Je me suis vite habituée.
C'est lui que j'attendais
depuis des années.
Depuis que nous dormons ensemble, je me réveille
détendue et épanouie.
Il ne paye pas de mine,
mais il a changé mes nuits.
Il s'appelle Fjädrar et je ne
peux plus m'en passer.
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