samedi 15 août 2026

Ma meilleure amie

Chouette triste

Il y a des interrogations qui durent des années.

Dans l'un de mes anciens boulots, j'avais de chouettes collègues. Et Nina. Un vrai coup de foudre amical. On se retrouvait avec joie le matin, on discutait après le travail, on parlait de nos maris, de nos enfants, on refaisait le monde, on écrivait, on se motivait, on se confiait, on était inséparables. 

Quand j'ai été en arrêt maladie pendant plusieurs mois, je n'ai plus eu de nouvelles de Nina. Et puis j'ai changé de travail sans la revoir. Pendant des années, je me suis demandée ce que j'avais pu faire (ou ne pas faire), j'ai échafaudé des hypothèses (et si quelqu'un jaloux de notre amitié lui avait raconté des horreurs ?) et je suis restée avec une sensation de malaise. Parce qu'on n'efface pas une amitié pareille en quelques jours. 

Une fois, je lui avais même dit : " C'est exactement comme ça que j'imagine une relation entre soeurs ". Après coup, je me suis dit que c'était peut-être cette confidence qui avait été de trop. On est pudique dans sa culture.

Deux fleurs

Cette interrogation m'a accompagnée pendant plusieurs années. J'avais besoin de comprendre.

Et puis j'ai revu Nina par hasard. Au détour d'un rayon de supermarché. Elle était heureuse de me voir, on a papoté, on s'est promis de se revoir, et ça m'a fait un bien fou. Elle ne m'en voulait pas ! Pendant toutes ces années je m'étais culpabilisée et elle me souriait, me parlait comme si on s'était vues la veille. 

Cette rencontre m'a enlevé un poids énorme. On s'est revues une fois. J'espérais qu'on redeviendrait amies comme autrefois mais elle ne m'a pas recontactée (et moi je ne sais pas bien comment faire ce genre de chose).

C'est au début de l'année suivante que tout s'est éclairé. Nina m'a envoyé un message photo pour me souhaiter une bonne année. Sur le cliché, un portrait d'elle, souriante, à côté... d'une femme. 

Et là j'ai compris. Qu'il y a des années, je l'avais blessée. Sans le vouloir. Que le " Tu es comme une soeur pour moi " que j'avais prononcé comme un compliment ultime, avait dû avoir pour elle la violence d'une balle. 

Je n'avais pas réalisé. Je suis désolée, même si ça n'aurait rien changé. Je me souviens (oui, j'ai eu une vie sentimentale pourrie avant de rencontrer le Hibou) combien l'amour à sens unique peut faire mal. 

Je serai toujours là pour Nina, avec mon amitié intacte. Mais je comprends qu'elle reste éloignée si ça ne lui suffit pas.

Alors, de loin, je lui souhaite une vie aussi belle que son âme. 

Montagnes enneigées



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